Archéologie du bâti : du mètre au laser

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Née au début xixe siècle et renouvelée dans les années 1980, l’archéologie du bâti entre à nouveau dans un de ces mouvements browniens qui bouleversent une science, la faisant devenir elle-même. Le mètre, le relevé manuel et l’échafaudage ont été l’essentiel de la pratique, et ils en restent le coeur : le contact physique avec l’édifice est irremplaçable. Mais aujourd’hui, la collaboration des sciences exactes et des technologies de pointe l’ont profondément transformée : l’archéométrie qui identifie, quantifie et date, le laser- scanner qui enregistre tout d’un seul faisceau, l’ordinateur qui manipule d’un clic des milliers de tonnes de maçonneries… La diversité des approches fonde une herméneutique de l’architecture entre l’art et la nécessité. Tous ces chercheurs d’horizons si divers, travaillant ensemble sur le monument, sont au coeur des matériaux, c’est-à-dire de sa mémoire immédiate. La matière serait-elle donc l’essence de l’archéologie ? La civilisation japonaise – à l’origine du « patrimoine immatériel de l’humanité » – fait s’envoler des certitudes à peine acquises. Le grand temple shinto d’Ise, bâti à la fin du viie siècle, est reconstruit tous les vingt ans. La matière en est toujours neuve, éternelle jeunesse de bois ; seule l’architecture – un objet mental – est originelle, vieille de treize siècles : elle se prête à une archéologie hors matière. Il était temps pour Perspective d’interroger des spécialistes sur cette question cruciale : où en sommes-nous de l’archéologie du bâti ? [Nicolas Reveyron] ​
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